Grains de lire ou le haricot magique

15 juin 2015


Grains de lire ! ça grimpe ça grimpe très haut, ça voltige au plafond, ça fait du bien !

Dans le Vaucluse, il y a Hélène. Une présence douce, très discrète et bienveillante, l’œil, l’oreille, la main, le pas partout. Elle est calme et rassurante. Hélène, elle fait confiance.

Et Catherine. Une militante de l’éducation populaire qui est exigeante, autant avec elle-même qu’avec tous les autres, de l’enfant à l’adulte. Elle ne dissimule pas son exigence, bien au contraire. Il faut partout du beau, de la qualité, de la volonté.

Hélène et Catherine, ce sont les Nomades, elles organisent d’extraordinaires et très rares rencontres avec des duo d’auteurs et d’illustrateurs. Des artistes qui travaillent réellement ensemble. Ils viennent pendant une semaine complète. Ils viennent dans des librairies, dans des boutiques, dans des écoles, des bibliothèques, des centres de loisirs (et au restaurant, mais là ils mangent). Ils rencontrent des gens : des enfants, des adultes jeunes, moins jeunes et des vieux. Ils discutent, ils montrent leur travail, ils lisent, ils dessinent parfois en musique, ils répondent aux questions, ils rigolent. Et ils posent question aussi, avec leur regard d’artiste...

J’ai d’abord vu Carole Chaix, Régis Lejonc (son site a planté, héhé) et Henri Meunier.

Henri et Régis, leurs histoires, c’est de l’émotion en barre ovomaltine, du concentré, celui que tu prends quand tu vas randonner en haute montagne et que tu as besoin de l’essentiel. De visu, Henri et Régis, c’est la complicité, la générosité et une justesse très sincère pour parler de leur travail. Tous les 2 écrivent et dessinent. Tous les 2 ont un rapport différent aux mots et aux images. Et l’alchimie fonctionne et il y a du mystère...

Henri et Régis se sont transformés en araignée à 4 pattes quand ils ont dessiné à 4 bras pour les enfants. C’était très beau et très naturel. J’ai aussi pensé à une pieuvre, mais bon, hein...il y avait aussi les "couics-couics" des feutres sur fond de silence quasi absolu.
En atelier, des enfants ont eu l’extrême plaisir de pouvoir dessiner et que ce soit vraiment beau à la fin. C’est essentiel pour les lulus, ça !

Et pendant ces temps-là, Carole disparaissait, parce qu’elle dessinait la rencontre. Très concentrée, comme du jus de citron, elle a ensuite livré son concentré de rencontre. Plus que des portraits, Carole capte des attitudes, des regards et elle superpose tout ça dans son carnet avec une évidence et une clarté confondantes.
Et elle montre ses dessins, alors ça donne à chacun une autre vision de ce qu’a pu être ce moment partagé. ça décentre parce que c’est un autre regard porté sur le même moment. Et dans l’instantané. Carole parle en ce moment de l’éloge du présent.

Et puis la semaine suivante, j’ai vu

Madeline Roth, Anne Cortey et Janik Coat

Juste le temps de la lecture à la librairie L’eau Vive. Madeline a lu les textes d’Anne et Anne a lu ceux de Madeline. C’était la toute première fois, les deux écrivaines étaient très émues alors évidemment, ça s’est diffusé dans toute la librairie. Madeline a une voix chaude, posée, hésitante parfois, une vraie lecture, quoi ! Il faut dire aussi que Madeline est libraire jeunesse et il me semble qu’elle lit beaucoup d’histoires à voix haute. La voix d’Anne est fluette en apparence. Pas très assurée au début, on sentait un peu la peur, celle qui dit l’hésitation à y aller parce qu’on veut tout donner. Parce qu’on sait qu’une fois qu’on y est, on se livre complètement. C’était très beau, parce qu’on a vu et senti les résonances entre leurs textes pourtant si différents.
A la fin des lectures, il y a eu un grand silence, nécessaire pour le public, même si on comprend bien qu’il est gênant pour les artistes.
C’était un beau moment, très simple sans chihuahua.

Et pendant ce temps-là, Janik a croqué Madeline en top model. Les visages des enfants silencieux au premier rang, le chapeau d’une dame. Janik a observé minutieusement et réalisé des portraits, d’un trait fort élégant, une classe folle.
Elle a dessiné des gens très beaux.
Sûrement qu’elles les voient comme ça.

Et entre ces moments-là, j’ai posé une question à Carole, Henri, Madeline et Régis, ils m’ont répondu, j’ai enregistré et... comme j’ai les idées qui avancent toujours plus vite que la technique, je travaille dessus, donc il faut du temps, pour apprendre et vous donner un beau son !

Lisa Lisette la plumette

, vous pouvez voir des photos.

Et là-dessous, les tout derniers titres et les duos :

Sur un toit un chat, Carole Chaix et Cécile Roumiguière, A pas de loup
Un an un jour, Régis Lejonc et Carole Chaix, l’atlier du poisson soluble
La mer et lui, Henri Meunier et Régis Lejonc, Notari
Les trop-super, Henri Meunier et Nathalie Choux, Actes sud junior
La promesse de l’ogre, Rascal et Régis Lejonc, Pastel

Les petits jours de Kimi et Shiro, Anne Cortey et Anaïs Massini, Grasset jeunesse
Une vie d’escargot, Anne Cortey et Janik Coat, Autrement jeunesse
Le voyage de Loti, Janik Coat, MeMo
A ma source gardée, Madeline Roth, Thierry Magnier
L’été de Léa, Madeline Roth, Sarbacane