la poudre d’escampette


Paul vient de déménager. Personne ne le connaît. Balle neuve, on peut dire.

Un matin, il est avec Paulette, sa chienne et il ne va pas là où il pensait aller. Il se laisse entraîner, un peu contre son gré, par Paulette qui effectue un immense bond très élégant dans l’eau. Et tranquillement, ils vont tous les deux sur l’eau, Paul à califourchon. Et soudain, ils tombent nez à nez avec... d’autres enfants. Et alors, l’aventure commence et pas n’importe laquelle.

"Dévisagements", tests, affrontements, guerres des clans, chacun défend son territoire, chacun défend son bout de gras, son identité, son intégrité. Mais avec une grande droiture, sans jugements, sans moqueries (ou presque).

On ne le voit pas tout de suite, mais on entre dans le livre par le hublot d’une machine à laver. De l’autre côté de la page, c’est une bouée.
De la bricole, de l’imagination, bouts de ficelle et bâtons.
C’est ce qu’on voit sur les premières pages de garde : de la récup mais savamment utilisée, pour se faire une cabane, plus exactement, un radeau, en vrai, qui va sur l’eau.

Ce livre est un très joyeux mélange des genres : éditeur (Delcourt) et format BD, avec un trou dans la couverture, qui peut rappeler le jeu de certains auteurs avec l’objet livre notamment avec l’album jeunesse. L’intérieur du livre est aussi une belle association : un jeu avec les cases de BD, des dialogues dans des bulles, des images pleines pages qui s’ouvrent nous laissant découvrir le plan et les instructions pour la construction de la maquette du radeau de l’histoire.
BD, album de littérature jeunesse, manuel pratique.
La mise en page est assez spectaculaire, les couleurs sont sublimes de lumières différentes, selon le moment de la journée. C’est à peine perceptible, une atmosphère donnée à l’histoire. On ressent une forte authenticité dans les dessins : on devine le crayon et la craie grasse, peut-être de la peinture. C’est toujours difficile de deviner quand on ne voit pas les originaux.

Les personnages ont tous des sobriquets franchement drôles : impossible de déterminer s’ils sont filles ou garçons.
L’histoire est une véritable aventure de mômes qui se termine sur une sacrée belle ouverture.

Chloé Cruchaudet raconte une histoire : elle écrit, dessine et colore. Elle ne s’interdit absolument rien sur les plans artistiques pour servir son propos. Elle joue avec tout. Elle fait aussi réfléchir sur les cases dans lesquelles on aime bien s’enfermer par facilité.

Les frontières entre les genres de littératures qui utilisent l’image comme moyen d’expression sont poreuses mais je ne pense pas que ce soit nouveau. En revanche, c’est de plus en plus visible, des éditeurs qui ont une certaine réputation y sont de plus en plus sensibles et le mettent en avant. Et ça, c’est vraiment une bonne nouvelle !

Et j’ajoute : un merci à la librairie Mille Feuilles de Bièvres qui me l’a fait découvrir, pas en le mettant dans mes mains (ça tombe bien, j’aime pas bien ça...) mais en le mettant en valeur sur un rayon. Cette libraire est aussi un mélange des genres à elle toute seule.

Lisa Bienvenu

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  • Auteur : Chloé Cruchaudet
  • Éditeur : Delcourt
  • Parution : Décembre 2015
  • Prix : 14,50€

  • Âge : Grands / Ados/Adultes
  • Genre : Album / Bande-dessinée / Documentaire
  • Thématique : Amitié / Aventure
  • Type de lien :

[1Pour découvrir d’autres BD de Chloé Cruchaudet, chez Delcourt, ça vaut franchement le détour.
Et puis, les éditions Delcourt ont aussi publié Neil Gaiman et Dave McKean les loups dans les murs et le jour où j’ai échangé mon père contre deux poissons rouges. Deux ovnis, mi-albums/BD avec des mélanges de matières et de techniques.